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source: www.critikat.com/panorama/festival/un-grand-saut-dans-le-vide.html

Critikat, 11 mai 2015, par Morgan Pokée et Raphaëlle Pireyre

12ès rencontres européennes du moyen métrage de Brive - Un grand saut dans le vide



La projection de Lupino aura été un moment important de ce festival de Brive : de cinéma, il est question pendant les 49 minutes que le film de François Farellacci affiche au compteur. La mise-en-scène adopte ici littéralement son sujet : Lupino comprend - au sens de prendre avec lui - les adolescents abandonnés sur les rivages de la société qu'il suit aléatoirement dans le quartier homonyme de Bastia. Le moyen métrage démarre ainsi, pied au plancher, sur des images VHS de gamins aux contours flous, accompagnés d'une chanson de métal particulièrement percutante de Gojira : son titre programmatique, "L'Enfant sauvage", annonce le mélange de tendresse et d'âpreté qui va conduire le récit, tant ses protagonistes peuvent s'insulter tout en se prenant dans les bras. Mais ce qui frappe, c'est la vitalité incandescente de ces jeunes laissés-pour-compte que Farellacci rencontrés lors du tournage de son précédent film, L'Île des morts : ils étaient alors en charge du feu de la Saint-Jean qui a dégénéré en un bûcher démesuré. Reprises dans Lupino, ces images cernent bien le problème du cinéaste face à cette réalité sans concession : comment donner de la présence à ses personnages quand ceux-ci ne font que tenter de s'évader de ce territoire circonscrit par des tunnels, des collines, une quatre voies et une voie ferrée ? Farellacci les filme alors dans leurs éternelles déambulations sur les routes, à pieds ou en voiture, dans une forme qu'on pourrait qualifier d'élégiaque si la sécheresse du contexte n'était aussi prégnante. Car si la Corse y devient parfois l'Île des enfants perdus de Gus Van Sant et Harmony Korine, elle nous parvient pareille à un reflet légèrement déformé des chemins arpentés récemment par Jean-Charles Hue ou Virgil Vernier. Lupino s'inscrit là, à la croisée d'un onirisme américain et d'une recherche mythologique sur les territoires à la marge des communautés oubliés de France.


CRITIKAT, 11 MAY 2015

The 12th European Medium-Length Film Meetings - A great leap into the void
by Morgan Pokée and Raphaëlle Pireyre



The screening of Lupino was an important moment of this Brive Festival: the whole 49-minute running time of François Farellacci's film was truly cinematic. The directorial choices literally adopt their subject here: Lupino grasps - in the sense of taking hold of - the teenagers abandoned on the shores of the society that the film haphazardly follows in the Bastia neighbourhood of the same name. The mid-length film begins in this way, foot to the floor, on VHS images of kids with blurred outlines, accompanied by a particularly powerful metal song by Gojira: its programmatic title “Wild Child” announces the mixture of tenderness and bitterness that guides the story, given the extent to which its protagonists are just as likely to insult each other as they are to hug. But the really striking thing is the incandescent vitality of these young outcasts, who Farellacci met during the shooting of his previous film, L'Île des Morts. There, they were in charge of the Saint John's Day fire that degenerated into a huge pyre. These images were reproduced in Lupino, suitably identifying the filmmaker's problem in the face of this uncompromising reality: how to give presence to his characters when all they ever do is attempt to escape this territory circumscribed by tunnels, hills, a four-lane highway and a railway line? Farellacci thus films them in their endless wanderings along roads, on foot, or in cars, in a form that could be described as elegiac if the context was not so heavy with aridity. Since while Corsica sometimes becomes a kind of city of lost children for Gus Van Sant and Harmony Korine, it also presents itself as a slightly deformed reflection of the paths recently explored by Jean-Charles Hue or Virgil Vernier. Lupino belongs there, at the crossroads of an American onirism and a mythological search among the marginal territories of the forgotten communities of France.