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source: www.chronicart.com/cinema/brive-2015-un-monde-senflamme/

Chronicart, 5 mai 2015, par Julien Bécourt

Brive 2015: Un monde s'enflamme



Antichambre incontournable du jeune cinéma d'auteur, les Rencontres Européennes du Moyen-Métrage de Brive ont vu défiler un cheptel de jeunes cinéastes passés depuis au long (...) et tout le monde (spectateurs, critiques, producteurs) y accourt en quête d'une possible révélation. Reprise en main par Elsa Charbit, elles balayaient cette année, plus que jamais, toute hiérarchie de genre et traçaient une ligne médiane entre documentaire, fiction et expérimentation.

Se coltiner la réalité la plus rude sans verser dans l'anthropologie condescendante ou le moralisme culpabilisateur, c'est peut-être l'une des tâches les plus ardues du documentaire. Lupino, de François Farellacci et Laura Lamanda, s'en acquitte avec une sensibilité hors-normes, quelque part entre Gummo et Les Ragazzi de Pasolini version 2015. Si son cousinage avec la fiction récente de Thierry Peretti (Les Apaches) saute aux yeux, c'est avant tout parce que leurs metteurs en scène respectifs savent de quoi ils parlent, ayant grandi l'un et l'autre sur cette "Île de beauté" à deux vitesses. Loin des paysages mirifiques, le film s'attache à la vie quotidienne d'une poignée de gamins désoeuvrés dans les HLM d'une banlieue de Bastia (Lupino, donc), zone périurbaine coincée entre la nationale et les collines. Un quotidien rythmé par la tchatche fleurie, les pétarades des quads, les parties de foot, les roulages de joints et les sonneries de téléphone portable. La mer, grande absente, se dessine au loin - on ne l'apercevra que l'espace d'un plan fugace qui ne fait que renforcer l'éloignement. La commisération aussi, est tenue à distance: on ne verra rien de l'entourage parental, juste quelques plans d'ensemble sur la cité, ses rues désertes et ses contrebas jonchés de détritus. Avec en trame de fond, le brasier païen des feux de la St Jean, dont les images évoquent autant des scènes de liesse populaire que les émeutes sur la place Maïdan. De ces portraits, chargés à bloc d'énergie et de vitalité, émane aussi une grande tendresse, seule à même d'estomper une violence prête à éclater.


CHRONICART, 5 MAY 2015

Brive 2015: A world ignites, by Julien Bécourt



The indispensable antechamber of young auteur cinema, the European Medium-Length Film Meetings in Brive has hosted a horde of young filmmakers who have since gone on to make features [...] and everyone (spectators, critics, producers) races there in search of a potential revelation. With Elsa Charbit now at the helm, this year, more than ever, the festival swept away all hierarchies of genre and traced a median line between documentary, fiction and experimentation.

Putting up with the harshest of realities without falling into condescending anthropology or guilt-ridden moralism is perhaps one of the most arduous tasks of documentaries. Lupino, by François Farellacci and Laura Lamanda, accomplishes this with extraordinary sensitivity, somewhere between Gummo and Pasolini's Ragazzi Di Vita in a 2015 version. If its kinship with Thierry Peretti's recent fiction (Apaches) is striking, it is above all because their respective directors know what they're talking about, having both grown up on this two-tiered "isle of beauty". Far from the fabulous landscapes, the film focuses on the everyday lives of a handful of bored kids in the working-class housing estates of a suburb of Bastia (known as Lupino), a peri-urban area stuck between an interstate and the hills. A daily life punctuated by colourful chitchat, backfiring quad bikes, football matches, joint-rolling sessions and cell phone jingles. The sea - eternally absent - can barely be made out in the distance. We only catch a glimpse of it during a fleeting shot that only reinforces its distance. Commiseration is also held at bay: we see nothing of the boys' relatives, only a few wide shots of the high-rise complex, its deserted streets and terraces littered with waste. Then there is the backdrop of the pagan fires of St John's Day, the images of which evoke scenes of popular celebrations as much as they do the riots of Independence Square. A great tenderness also emanates from these portraits, brimming with energy and life. It is the only thing capable of snuffing out the violence fit to burst.